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Nicolas Sarkozy a réuni ce vendredi 20 août 2010 à Brégançon (Var) le Premier ministre, François Fillon, les deux ministres Christine Lagarde et François Baroin et le conseiller social Raymond Soubie, autrement dit ceux qui dans son entourage travaillent à la mise au point des équilibres budgétaires pour 2011. L'exercice est particulièrement périlleux puisque l'élaboration du projet de loi de finances doit se faire cette année dans un environnement économique qui reste déprimé du fait des difficultés rencontrées par l'économie américaine, et sous le contrôle sourcilleux des agences de notation, qui menacent de sanctionner la France si son déficit public n'est pas réduit. Dans un tel contexte, Nicolas Sarkozy persiste et signe. Pas question de nouveaux impôts. En revanche, c'est bien 10 milliards d'euros qui devront être recherchés sur les 75 milliards d'euros de niches fiscales. Un fameux « coup de rabot » en perspective donc, la question restant posée de son champ d'application.
Le 28 avril dernier le milliardaire américain, Sheldon Adelson, inaugurait à Singapour le Marina Bay Sands. Trois tours en verre et acier joliment incurvées de 54 étages reliées en leur sommet par un immense jardin suspendu. Fin du fin, sur ce vaste plateau de 1,2 hectare une piscine ouverte de 150 mètres de long permet de nager au top des buildings à plus de 200 mètres d'altitude… Près de mille chambres d'hôtel, plus de 300 magasins, 1 000 tables de jeu et 1 400 machines à sous dans les sous-sols, 7000 personnes de toutes les nationalités recrutées dans une première phase. Un investissement de 5,5 milliards de dollars… Ce paradis du jeu et du luxe n'a naturellement rien à envier à Las Vegas où son créateur a d'ailleurs réalisé la majeure partie de sa fortune. Posé sur plusieurs hectares repris à la mer, ce « mega complexe » est symbolique de la réussite insolente de ce micro-État qui n'a même pas vu passer la crise économique et sur le territoire duquel entre un conteneur par seconde. Poumon de l'extrême Orient avec Hong-Kong et Shangaï, Singapour en 2010 affichera une croissance supérieure à plus de 19 %. Plus de dix fois la croissance française… Tout est dit ou presque.
Ces chiffres donnent le vertige. Ils s'inscrivent dans un environnement de croissance à deux chiffres observée dans plusieurs pays asiatiques, dont la Chine. L'Amérique latine suit avec des taux de croissance de quelque 8 %. La Russie et même certains pays d'Afrique de l'Est et du Sud approchent, voire dépassent le taux de 6 %. L'Australie de son côté franchira en 2010 les 3 %. Nettement plus donc que les pays de la vieille Europe dont les taux de croissance actuels ne permettent pas d'espérer des créations d'emplois. Signe des temps et d'une prise de conscience de cette réalité nouvelle, le 13 septembre à Oslo, le [acro=Fonds Monétaire International=acro]FMI[/acro] et l'[acro=Organisation internationale du travail =acro]OIT[/acro] organiseront une rencontre internationale sur « les moyens d’accélérer une reprise riche en emplois ».
Pour les Européens, toutefois, la difficulté ne tient pas seulement à ce retard dans la reprise mais au fait que, contrairement aux sorties de crise des cycles passés, les États-Unis ne paraissent pas cette fois en mesure de tenir leur rôle traditionnel de locomotive pour tirer la croissance. Certes, l'économie américaine reste encore de très loin la plus puissante de la planète avec un PIB de 14 800 milliards de dollars devant la Chine qui vient tout juste, au deuxième trimestre de 2010, de passer devant le Japon : 5 365 milliards de dollars contre 5 273 milliards de dollars. Il n'empêche qu'une l'hirondelle ne fait pas le printemps. A cet égard, le retour en Bourse, hautement symbolique, du constructeur automobile General Motors n'a nullement convaincu les économistes d'outre Atlantique inquiets par la tournure prise par les deniers événements
C'est si vrai que le 10 août dernier le comité de politique monétaire de la Fed (Réserve fédérale américaine) se décidait, après avoir longtemps hésité, à injecter de nouvelles liquidités dans le système bancaire. C'est un changement de cap. Le 23 juin encore, la Fed pariait sur une amélioration graduelle du marché de l'emploi. Aujourd'hui ces mêmes experts doutent très sérieusement de la pérennité de la reprise. La perspective de croissance pour 2010 a été ramenée à 2,9 % ce qui est faible au regard des normes américaines. Non seulement les chiffres témoignent d'un tassement des dépenses des ménages, mais surtout il apparaît aujourd'hui que les États-Unis font l'apprentissage d'un chômage structurel de longue durée. Un chiffre en tout cas témoigne de la contraction de l'activité : 500 000 personnes se sont inscrites au chômage la semaine dernière, niveau que le pays n'avait pas connu depuis neuf mois.
Pour l'Europe en général et la France en particulier, c'est une très mauvaise nouvelle. Traditionnellement, un délai de six mois s'écoulait entre l'ébranlement de la machine américaine et l'impact sur les économies européennes. Au point où en sont les choses aujourd'hui, cela signifie qu'il ne faudrait pas attendre d'amélioration avant, au mieux, le printemps prochain. C'est d'ailleurs le pronostic des économistes européens qui ont accueilli avec une grande circonspection le redoux de croissance du second trimestre 2010 (0,6 % en France et 2,2 % en Allemagne) et qui s'attendent plutôt à une nouvelle dégradation de l'activité cet automne.
Le pire évidemment n'est jamais certain. Mais le pire serait en l'occurrence que ce qui apparaît comme une rechute de l'économie américaine - le recul de + 5,1 en juillet à - 7,7 en août de l'indice de la réserve fédérale de Philadelphie considéré comme un chiffre représentatif de l'état de santé de l'économie américaine - soit en réalité l'amorce d'une déflation. Les effets en seraient dévastateurs pour nombre de pays européens endettés jusqu'au cou. Dont la France qui vit désormais avec une épée de Damoclès sur la tête, à savoir la menace de Moody's de dégrader sa note « AAA » attachée à sa dette publique en raison du poids jugé excessif de la charge de cette dette.
C'est naturellement une contrainte supplémentaire pour le gouvernement qui doit en période préélectorale bâtir un budget permettant de réduire le poids de cette dette, ce qui passe soit par des économies sur les dépenses fiscales (politique de réduction des niches), soit par de nouveaux prélèvements, soit - comme c'est le plus probable -, par les deux à la fois mais selon un dosage pas facile à déterminer. Pour l'heure, Nicolas Sarkozy persiste à penser qu'il peut faire l'économie de nouveaux prélèvements. Il est bien le seul. « L'ampleur des déficits ne laisse pas d'autre choix qu'une augmentation des prélèvements qui devra viser l'efficacité et l'équité », écrivait déjà dans Le Monde du 27 juillet l'économiste libéral Nicolas Baverez. Depuis Alain Juppé a rallié ce point de vue à contre courant de la rhétorique sarkozienne sur les baisses d'impôt. Mais comment faire autrement si un nouveau coup de froid sur la croissance prive le gouvernement de marge de manoeuvre sur ses recettes ?
Quand le gouvernement aura trouvé la recette miracle pour réduire à court terme le déficit et alléger le poids de la dette, la tâche sera loin d'être terminée. La question restera posée à moyen long terme de savoir comment revenir à un niveau de croissance qui permette de créer de l'emploi. Sur ce point les observateurs ont raison de se féliciter de ces conflits sociaux sur les salaires et les conditions de travail qui se multiplient en Asie - ouvriers de l'habillement au Bangladesh, conflit chez Hyundaï en Corée du Sud, conflit dans l'Inde du Sud, conflit chez Michelin en Thaïlande et bien sûr chez Foxcom en Chine et à Taïwan. A terme, tous ces foyers d'agitation ne peuvent que conduire à un relèvement des salaires et à l'obtention de droits sociaux qui remettront progressivement à niveau le coût du travail en Asie par rapport à ce qu'il est en Europe. Mais dans quel délai ? Le réservoir humain est tel en Asie qu'une génération n'y suffira probablement pas.
D'où la question qu'il faut impérativement poser dès aujourd'hui du type de croissance à concevoir pour s'adapter à la nouvelle donne. Le comité interministériel du développement durable réuni fin juillet a pour mission d'y réfléchir. Cette instance a placé en tête la nécessité de consommer et de produire plus durablement, de réduire les déchets, de baisser l'usage des produits phytosanitaires, d'étendre la taxe générale sur les produits polluants, d'abaisser le taux de TVA sur les écoproduits, de réduire de 30 % d'ici à 2020 les émissions de CO², de généraliser les clauses sociales dans les marchés publics, de réduire le nombre de jeunes en décrochage scolaire, de porter l'aide publique au développement à 0,7 %, ce qui est nettement moins bien que l'objectif - jamais atteint - de 1 % affiché au début des années 80… Seul problème, ce programme qui n'a aucune valeur législative ou d'engagement doit pour le moment être pris pour ce qu'il est : un catalogue de bonnes intentions. Il en faudrait donc beaucoup plus pour trouver le chemin de la nouvelle croissance.
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